L’événement survenu en plein centre-ville d’Épinal il y a quelques jours déjà, où un homme armé d’un couteau a menacé des passants avant d’être maîtrisé, a légitimement suscité l’inquiétude.

Heureusement, personne n’a été blessé. L’homme a ensuite été pris en charge en psychiatrie.

Ce qui s’est passé doit évidemment être examiné avec prudence.
Il ne saurait être question d’assimiler troubles psychiques et dangerosité.
L’immense majorité des personnes souffrant de troubles psychiatriques ne sont pas violentes.

Mais cet événement pose malgré tout une question que nous ne pouvons pas éluder :
sommes-nous suffisamment organisés et dotés en moyens dans les Vosges pour prévenir, repérer et prendre en charge les situations de crise psychiatrique avant qu’elles ne deviennent dangereuses pour la personne elle-même ou pour les autres ?

DANS LES VOSGES, LES INDICATEURS SONT PRÉOCCUPANTS

Les chiffres officiels de Santé publique France sont particulièrement alarmants.

En 2024,
les Vosges affichaient le taux standardisé d’hospitalisations pour geste auto-infligé le plus élevé du Grand Est : 262 pour 100 000 habitants,
contre 128 pour 100 000 dans l’ensemble de la région. Ces hospitalisations comprennent notamment les tentatives de suicide et les automutilations.

En 2023, notre département présentait également
le taux de décès par suicide le plus élevé du Grand Est : 21 pour 100 000 habitants,
contre 13 pour 100 000 à l’échelle régionale.

À cette situation s’ajoute une pénurie de spécialistes particulièrement importante.

La Chambre régionale des comptes relève une densité de seulement
11,74 psychiatres pour 100 000 habitants dans les Vosges en 2023, contre 22,97 au niveau national.
Elle relevait également la présence d’un seul pédopsychiatre libéral dans tout le département.

Nous sommes donc pratiquement à
deux fois moins de psychiatres par habitant que la moyenne nationale.

DES PLANS EXISTENT. LA QUESTION EST MAINTENANT CELLE DE LEUR MISE EN ŒUVRE.

Il serait faux de prétendre que rien n’a été fait.

Un diagnostic territorial partagé a été engagé dès 2019. Il a conduit au
Projet territorial de santé mentale des Vosges,
lancé en mars 2023, afin notamment d’améliorer les parcours de soins et d’éviter les ruptures de prise en charge.
Des équipes mobiles et différentes actions de prévention, de coordination et d’accompagnement ont depuis été développées.

Mais l’Agence régionale de santé indiquait elle-même qu’à la fin de l’année 2024, le taux d’avancement du PTSM n’était que de 48 %,
malgré les financements engagés, en soulignant notamment la pénurie de professionnels.

Plus préoccupant encore : dans son rapport sur le centre hospitalier Ravenel, la Chambre régionale des comptes en 2025 constatait que
la création d’une équipe mobile de gestion de crise et le renforcement de la coopération entre Ravenel et les autres hôpitaux pour la psychiatrie de liaison et d’urgence, pourtant prévus dans le PTSM, n’étaient alors pas mis en œuvre.
Elle appelait à mettre en place des réponses coordonnées et adaptées aux situations de crise psychiatrique sur le territoire vosgien.

Depuis ce rapport, des évolutions ont pu intervenir.

C’est précisément pour cette raison qu’un bilan public et actualisé est aujourd’hui nécessaire.

POUR LES SOCIALISTES, IL FAUT AGIR SUR TOUTE LA CHAÎNE

Le Parti socialiste porte aujourd’hui plusieurs propositions fortes en matière de santé mentale :
remettre à niveau les financements de la psychiatrie, garantir l’accès aux soins psychiatriques sur tout le territoire et
structurer une véritable filière d’urgence psychiatrique intégrée à la régulation médicale, sur le modèle du SAMU.

Notre projet propose également explicitement
d’intégrer la santé mentale dans les politiques de prévention de la délinquance,
tout en renforçant les politiques sociales, éducatives et de prévention.

Dans les Vosges, nous proposons donc :

  1. Un bilan public, précis et action par action du PTSM des Vosges.
    Quelles mesures sont aujourd’hui réalisées ? Lesquelles sont en cours ? Lesquelles restent à mettre en œuvre ? Avec quels financements et quel calendrier ?

  2. Une réponse départementale clairement identifiée pour les urgences et les crises psychiatriques.
    Il faut connaître l’état actuel du projet d’équipe mobile de gestion de crise et renforcer la coordination entre Ravenel, les urgences hospitalières, le SAMU, la médecine de ville et les acteurs sociaux.

  3. Un véritable plan d’attractivité pour la psychiatrie et la pédopsychiatrie dans les Vosges.
    Avec une densité de psychiatres très inférieure à la moyenne nationale, le recrutement et la fidélisation des professionnels doivent devenir une priorité territoriale portée avec l’ARS.

  4. Renforcer la prévention et intervenir plus tôt.
    Cela signifie davantage de psychiatrie ambulatoire, de soutien aux familles et aux aidants, de repérage précoce chez les jeunes, de prévention du suicide et d’accompagnement des personnes les plus isolées ou les plus fragiles.

  5. Faire travailler ensemble santé mentale, prévention et sécurité lorsqu’une situation l’exige.
    Lorsque quelqu’un traverse une crise grave, la réponse ne peut reposer uniquement sur les forces de l’ordre. Il faut pouvoir mobiliser rapidement les professionnels compétents, dans un cadre coordonné et respectueux des droits des patients.

PRÉVENIR, SOIGNER, PROTÉGER

Nous l’avons déjà affirmé :
la sécurité est un droit et la gauche ne doit abandonner cette question à personne.

Mais protéger nos concitoyens ne consiste pas seulement à intervenir une fois qu’un événement grave s’est produit.

Protéger, c’est aussi disposer de suffisamment de psychiatres.
Protéger, c’est éviter les ruptures de soins.
Protéger, c’est pouvoir intervenir rapidement face à une crise.
Protéger, c’est accompagner les familles.
Protéger, c’est donner aux soignants, aux services publics et aux forces de sécurité les moyens de travailler ensemble.

Fermeté lorsqu’un danger existe, soins lorsque la maladie l’exige, prévention pour éviter d’en arriver là : ces réponses ne s’opposent pas. Elles se complètent.

Dans les Vosges, les diagnostics existent, les plans existent et les besoins sont connus.

Il faut maintenant accélérer leur mise en œuvre et obtenir des résultats concrets.