MOBILISATION LYCÉENNE : DANS LES VOSGES AUSSI, ÉCOUTONS CE QUE LES JEUNES ONT À DIRE
Depuis plusieurs jours, la mobilisation des lycéens gagne notre département.
Épinal, Neufchâteau, Thaon-les-Vosges, Remiremont, Saint-Dié-des-Vosges, Bruyères… les Vosges ne sont pas à l’écart du mouvement national.
Jeudi 1er octobre, plusieurs centaines de jeunes se sont mobilisés à Épinal. Près de 200 collégiens et lycéens étaient également rassemblés à Neufchâteau et une soixantaine à Thaon-les-Vosges.
Vendredi 2 octobre, la mobilisation s’est poursuivie avec environ 400 lycéens à Épinal, 250 jeunes à Saint-Dié-des-Vosges et une cinquantaine à Bruyères.
Derrière ces chiffres, il y a surtout une jeunesse vosgienne qui demande à être entendue.
L’immense majorité de ces jeunes veut d’abord pouvoir étudier dans de bonnes conditions, préparer ses examens sereinement et construire son avenir sans subir des conditions d’études dégradées ni l’angoisse d’une orientation devenue trop souvent un véritable parcours du combattant.
Cette jeunesse ne doit être ni caricaturée ni récupérée. La très grande majorité des jeunes mobilisés ne souhaite ni la violence ni les dégradations. Elle veut simplement que ses préoccupations soient entendues.
DES REVENDICATIONS TRÈS CONCRÈTES DANS LES VOSGES
Les jeunes mobilisés parlent d’abord de leur quotidien : emplois du temps hachés, journées trop longues, manque de moyens et conditions d’enseignement qui se dégradent.
Les organisations syndicales vosgiennes alertent également sur des classes pouvant compter 35 à 37 élèves, des heures d’enseignement qui ne sont pas assurées et l’état de certains bâtiments.
Une délégation de lycéens accompagnée de représentants syndicaux a d’ailleurs été reçue en préfecture à Épinal afin d’exposer ses revendications.
Ce mouvement ne tombe donc pas du ciel.
Et derrière les images spectaculaires des blocages, il faut entendre une question beaucoup plus simple : est-il normal qu’en 2026 des jeunes soient obligés de manifester pour demander des professeurs, des personnels et de bonnes conditions pour étudier ?
LES VIOLENCES NE PEUVENT ÊTRE UNE RÉPONSE
Les journées de mobilisation ont malheureusement également été marquées par des incidents.
À Épinal, des projectiles ont été lancés en direction des forces de l’ordre. À Saint-Dié-des-Vosges, trois personnes ont été interpellées vendredi. Au total, sept interpellations ont eu lieu dans le département au cours de cette journée.
Nous le disons sans ambiguïté : la violence n’est jamais une solution.
Les violences contre les forces de l’ordre, les personnels, les jeunes ou toute autre personne, comme les dégradations et les tentatives d’incendie, sont inacceptables.
Mais il faut également regarder une réalité dont on parle beaucoup moins : ces violences ont un coût, et ce coût finit toujours par être supporté quelque part.
Derrière une voiture incendiée, un bâtiment public dégradé ou du mobilier détruit, il y a une facture. Elle peut peser sur les collectivités, les assureurs et, indirectement, sur les assurés.
Le nouveau régime de mutualisation du risque lié aux émeutes illustre cette question. Son cadre a été inscrit dans la loi de finances pour 2026, mais sa mise en œuvre demeure différée et dépend encore de plusieurs textes d’application. Une contribution de solidarité à la charge des entreprises d’assurance est prévue pour financer ce mécanisme. Son taux pourra être fixé jusqu’à 1,5 % des primes concernées.
Si son coût devait être répercuté sur les tarifs des contrats d’assurance, les Français pourraient alors avoir le sentiment de subir une forme de double peine : subir collectivement les conséquences des violences et des destructions, puis en retrouver une partie du coût dans leurs assurances.
Cela pose une véritable question politique : jusqu’où la collectivité doit-elle supporter financièrement les conséquences des violences commises par quelques-uns ?
C’est une raison supplémentaire pour condamner sans ambiguïté les violences et les destructions.
Mais ces actes ne doivent pas permettre de réduire des centaines de jeunes vosgiens mobilisés aux comportements de quelques-uns.
L’immense majorité des jeunes ne souhaite ni la violence ni les dégradations. Elle veut pouvoir étudier, préparer ses examens et construire son avenir dans de bonnes conditions.
Les actes violents, d’où qu’ils viennent, ne doivent ni détourner le sens de cette mobilisation ni servir de prétexte à une récupération politique.
C’est précisément pour cela qu’il faut distinguer clairement les auteurs de violences des lycéens qui expriment légitimement leurs préoccupations.
NE PAS LAISSER LES VIOLENCES FAIRE DISPARAÎTRE LE DÉBAT
C’est précisément là que se trouve notre responsabilité politique.
On peut condamner fermement les violences et entendre les revendications.
On peut demander le respect des personnes et des biens et considérer que notre jeunesse mérite des réponses.
Opposer systématiquement ces deux exigences serait une erreur.
Car une fois les images d’affrontements disparues des écrans, les classes surchargées seront toujours là. Les enseignants absents le seront toujours. Les emplois du temps difficiles seront toujours là. Les inégalités scolaires également.
NE PAS OPPOSER QUARTIERS POPULAIRES ET TERRITOIRES RURAUX
Il existe aussi un débat que nous devons avoir sur la répartition des moyens de l’Éducation nationale.
Depuis des années, des moyens supplémentaires sont consacrés, à juste titre, aux établissements accueillant les populations confrontées aux difficultés sociales les plus importantes.
Mais cette politique ne doit pas conduire à oublier une autre réalité : celle des territoires ruraux.
Dans les Vosges, les difficultés prennent parfois d’autres formes : éloignement des établissements et des formations, temps de transport importants, offre de spécialités plus limitée, difficultés de remplacement des enseignants, orientation contrainte par la géographie ou éloignement de l’enseignement supérieur.
La pauvreté et les difficultés sociales ne s’arrêtent pas aux frontières des quartiers prioritaires.
Il ne s’agit donc surtout pas d’opposer les jeunes des quartiers populaires aux jeunes des territoires ruraux. Ils ont les uns comme les autres droit à la solidarité nationale.
Mais nous devons pouvoir disposer de données précises permettant de savoir comment sont réellement répartis les moyens de l’Éducation nationale selon les territoires et les besoins.
Combien l’État consacre-t-il réellement par élève selon les territoires ? Quels moyens supplémentaires sont accordés aux établissements confrontés à des difficultés particulières ? Comment sont prises en compte les contraintes spécifiques de la ruralité ?
Ces données doivent être publiques et transparentes. Elles pourraient notamment faire l’objet d’une question parlementaire afin que le ministère de l’Éducation nationale fournisse des chiffres précis et comparables.
Parce que l’égalité républicaine ne consiste pas à opposer les difficultés. Elle consiste à donner davantage à ceux qui en ont besoin, où qu’ils vivent.
POUR LES SOCIALISTES, L’ÉDUCATION DOIT REDEVENIR UNE PRIORITÉ
Le Parti socialiste appelle le gouvernement à entendre les revendications exprimées et à privilégier le dialogue et l’apaisement.
Mais écouter ne suffit pas : il faut apporter des réponses concrètes.
Les socialistes défendent notamment une réduction du nombre d’élèves par classe, davantage de personnels éducatifs, un meilleur accompagnement des élèves en situation de handicap, une amélioration des conditions de travail des enseignants et un investissement durable dans nos établissements scolaires.
Nous voulons également remettre profondément en cause le fonctionnement actuel de Parcoursup et construire une orientation vers l’enseignement supérieur plus transparente, plus lisible et plus humaine.
Ces enjeux prennent une dimension particulière dans un département rural comme les Vosges, où l’éloignement, les transports, l’accès aux formations et les possibilités de poursuite d’études peuvent ajouter des difficultés supplémentaires à celles rencontrées par les jeunes.
Défendre l’égalité scolaire, c’est aussi refuser que le lieu où l’on grandit détermine les possibilités offertes pour construire son avenir.
NOTRE JEUNESSE VOSGIENNE MÉRITE MIEUX QU’UN DÉBAT RÉDUIT AUX AFFRONTEMENTS
À Épinal, Saint-Dié-des-Vosges, Remiremont, Neufchâteau, Thaon-les-Vosges ou Bruyères, ces jeunes sont avant tout des élèves qui veulent pouvoir étudier et préparer leur avenir dans de bonnes conditions.
Certains manifestent. D’autres ne le font pas. Tous n’ont évidemment pas les mêmes opinions ni les mêmes revendications.
Mais lorsque plusieurs centaines de jeunes se mobilisent dans notre département, la réponse politique ne peut pas consister uniquement à compter les blocages, les incidents et les interpellations.
Il faut aussi les écouter.
Condamner les violences : oui.
Rétablir le calme lorsqu’il est troublé : oui.
Faire supporter durablement à l’ensemble de la société le coût des destructions commises par quelques-uns : non.
Mais surtout, ne laissons pas les actes de quelques-uns effacer la parole de tous les autres.
Une fois le calme revenu, une question demeure : quelles conditions d’études et quel avenir voulons-nous offrir à la jeunesse vosgienne ?
C’est ce débat que nous voulons ouvrir.
Fédération des Vosges du Parti socialiste
